« Prenons au sérieux notre appel à suivre Jésus » - Interview de David Platt, publiée sur le site Notreeglise.com (partie 3/4)

19 Mar 2015

Dans votre livre, beaucoup des illustrations sont tirées du Moyen-Orient où suivre Jésus est illégal et dangereux. Pourquoi choisir tant d’exemples de là où il y a la persécution, plutôt que de vous inspirer d’évènements d’Amérique ?

Nous avons beaucoup à apprendre de nos frères et sœurs dans le monde. Par la grâce de Dieu, en Amérique nous pouvons louer Christ librement. Nous ne sommes par emprisonnés pour notre confiance en Christ et il n’y a pas de menace de perdre nos biens, notre famille ou notre vie.
Cela dit, au milieu du confort dont nous jouissons, nous pouvons aussi nous retrouver assez éloignés de l’exemple du Nouveau Testament où suivre Jésus était coûteux. Alors pour comprendre comment être chrétien selon le Nouveau Testament, je pense qu’il est judicieux d’apprendre de nos frères et sœurs dans le monde qui savent que suivre Jésus a un coût.
Nous ne sommes pas dispensés du renoncement à soi et des sacrifices. Bien sûr, la situation est différente dans nos vies et dans cette culture puisque nous ne sommes pas en danger de mort. Cependant, l’Évangile nous appelle à considérer différemment nos biens. Certes, personne ne nous les ôte sous prétexte que nous suivons Christ. Mais l’Évangile nous convainc de les délaisser pour la gloire de Christ. Nous donnons nos vies pour faire connaître l’Évangile à ceux qui ne l’ont jamais entendu. Et ça implique des sacrifices.
Ces dernières semaines, mon église a envoyé des équipes dans des pays à risque. Je pense que le Seigneur appelle beaucoup de gens de nos églises qui sont dans une situation confortable à faire cela. Pas tous, c’est sûr, soyons clairs. Il est possible d’obéir à Christ et de vivre une vie pour lui ici même, et j’essaye dans mon livre d’en donner plusieurs exemples aussi. J’aime voir comme Dieu, dans sa glorieuse créativité, prend sa Parole et son Esprit et nous conduit dans tous types de lieux. Certains restent ici et d’autres déménagent à l’autre bout de monde, mais tous ont un même but. Nous voulons faire des disciples de Jésus.

Vous citez fréquemment les chrétiens persécutés comme des modèles de discipulat. Les chrétiens occidentaux devraient-ils rechercher ce genre de persécution ?

Non, je ne pense pas que les chrétiens occidentaux – ni aucun chrétien – ne devrait chercher la persécution. Cependant, les chrétiens devraient chercher Christ, en sachant que la persécution adviendra.
Cela prendra différentes formes selon où l’on est. 2 Timothée 3.12 dit que quiconque veut vivre pieusement en Christ sera persécuté. Comme le dit Jésus, « ils m’ont persécuté, et ils vous persécuteront également. » Le fait est que, littéralement, nos vies seront davantage en danger à mesure que nous approfondissons notre relation avec Jésus.
Bref, il serait bête de chercher la persécution juste pour la persécution. Ça n’a rien à voir. Mais nous annonçons activement l’Évangile aux nations. Et il y aura des défis, il y aura des épreuves, il y aura des difficultés, il y aura de la persécution. Il faut s’y attendre, mais pas le rechercher. Nous proclamons l’Évangile et en le faisant, la persécution viendra.

Dans un chapitre sur l’évangélisation, vous écrivez « nous avons des frères et sœurs dans le monde qui sont emprisonnés, battus, persécutés et tués chaque jour, non parce qu’ils servent avec le sourire, mais parce qu’ils annoncent verbalement l’Évangile. Mais si l’appel de quelqu’un est de « servir avec le sourire », est-ce moins valable que l’appel d’un évangéliste ?

L’appel des gens à servir Christ à leur manière est-il valable ? Absolument. La question ne se pose pas. Que vous travailliez dans une usine, une école, une église, où que ce soit, peu importe votre appel.
Oui, nous vivons pour la gloire de Dieu et Dieu nous a donné différents dons en termes d’arrière-plan, d’expériences et d’éducation.
Mais pour chacun de nous, il y a un commandement qui est de faire des disciples de Jésus. Ça, ce n’est pas négociable, quel que soit votre appel ou vocation. Il est au centre de nos vies et au centre de l’Eglise. Ça se passe différemment pour moi qui suis pasteur ou pour un prof, ou pour n’importe quelle vocation comme par exemple ma femme qui reste à la maison avec les enfants. Elle a le même commandement au centre de sa vie.

C’est pourquoi, alors que nous accomplissons notre appel, nous utilisons chaque lieu et opportunité, là où nous travaillons, pour amener des gens à Jésus et leur montrer en pratique à quoi ressemble une vie avec Christ.
Je veux donc faire attention de ne pas simplement dire que l’évangélisation est seulement pour les évangélistes. Non, faire des disciples et montrer comment suivre Christ, voilà le commandement qui anime tous les chrétiens, quelle que soit leur vocation.

Et que dire, par exemple, d’un ouvrier d’usine qui aime Jésus et veut le suivre, mais qui travaille énormément pour pourvoir aux besoins de sa famille ? Comment le conseilleriez-vous ?

C’est un très bon exemple. Je dirais à ce frère en Christ: « Tu as été créé pour la gloire de Dieu parmi toutes les nations. C’est pour ça que tu respires, pour que sa gloire soit connue dans toutes les nations. Et comment le faire ? Eh bien d’abord en aimant et soutenant ta famille, en l’amenant à aimer Jésus. C’est évident. Ne pas prendre soin de sa famille est complètement anti-biblique. Ce serait être pire qu’un incroyant.
Dieu t’a mis dans cette usine pour accomplir son plan. Il y a des personnes autour de toi qui ont besoin d’entendre parler de Jésus. Dieu est glorifié dans ton travail et il te donne des occasions d’amener des personnes à Christ.
Jésus n’a pas fait le tour du monde. Il a passé la plupart de son temps dans une zone géographique assez restreinte, avec 12 hommes. C’est ainsi qu’il changeait le monde, alors fais ça dans ton usine. Consacre-toi à quelques personnes, partage l’Évangile, amène-les à Christ, montre-leur comment le suivre et comment faire de même avec d’autres personnes. C’est un principe de multiplication. C’est comme ça que ta vie est en lien avec les nations.
En même temps, saches que pour ceux qui suivent Jésus, il y a une perspective plus grande encore : être disciple, c’est aussi prier pour les nations, prier pour les peuples non-atteints. Car nous avons reçu le commandement de faire connaître l’Évangile parmi tous les groupes de peuples de la planète. Ta vie peut jouer un rôle, même en te mettant à genoux chaque jour. Prie, donne, regarde comment tu pourrais offrir en sacrifice tes ressources. Regarde comment diminuer le luxe et les excès dans cette culture qui dit « il faut toujours plus, toujours mieux ».
Puis, vas là où le Seigneur te conduit. Peut-être as-tu une occasion de partir ponctuellement dans des missions à court terme? Peut-être que le Seigneur t’amènera un jour à aller au-delà des frontières? Ou peut-être pas. Mais dans tous les cas, prépare-toi à cette éventualité. » C’est ce que je dirais à cet ouvrier d’usine, afin que chaque semaine, il vive une vie pour la gloire de Dieu parmi toutes les nations.

Interview réalisée par Christianity Today. Traduit en français avec leur aimable autorisation. Merci à Corinne Banziger et Laurent Huguet pour la traduction. Merci à notreeglise.com sur lequel vous pouvez retrouver cette interview.