« Prenons au sérieux notre appel à suivre Jésus » - Interview de David Platt, en 4 parties, publiée sur le site Notreeglise.com (partie 1/4)

5 Mar 2015

 

Dans Radical, vous avez critiqué le rêve américain. En quoi Suis-moi est-il différent ?

Dans Radical, j’avais pour objectif de mettre en lumière des valeurs et des idéaux propres à notre culture mais contraires à l’Évangile. Je me suis par conséquent concentré sur ce que nous devions abandonner pour suivre Jésus. Dans Suis-moi, je n’aborde plus ce que nous devons abandonner mais ce à quoi nous devons nous attacher en tant que disciples de Jésus. Je ne me concentre pas sur le poids des choses que nous avons abandonnées mais sur la grandeur de celui que nous suivons et la véritable signification de suivre Jésus quotidiennement.
Après avoir lu Radical, beaucoup se sont demandés: « Bon, qu’est-ce que je dois faire maintenant? Vendre la maison ? Adopter des enfants ? Partir m’installer dans un autre pays ? » Voilà ma réponse: « Adresse-toi à Jésus. » Il n’y a pas de schéma prédéfini, sa réponse ne sera pas identique pour tous. Le bon plan, c’est: « Abandonne-toi à Christ. Abandonne toutes choses, ta vie entière, entre ses mains. Signe le chèque en blanc et ne pose aucune condition. » Tout est là. Abandonne tes rêves, tes projets, tes ambitions qui sont davantage tournés vers le monde que vers la Parole, et dis: « Je ferai ce que tu voudras, j’irai où tu voudras, je donnerai ce que tu voudras ». Accroche-toi à Jésus et agis selon ce qu’il te conduira à faire.

Ce qui est merveilleux, c’est qu’il en conduira certains à adopter; d’autres, à vendre leurs maisons et à traverser l’océan pour s’installer à l’étranger. Nous avons vu des hommes et des femmes vendre leur maison pour s’installer dans des quartiers dangereux. Nous en avons vu d’autres garder leur maison, former des disciples chez eux et mettre leur foyer au service de l’annonce de l’Évangile, que ce soit au niveau local ou national.
Nous aimerions avoir une simple liste de choses à cocher : j’ai fait ceci et cela, ça y est, je suis un « radical » ! La solution, c’est que tu t’accroches à Christ et que tu te poses sérieusement la question de savoir ce que signifie vraiment suivre Jésus et faire des disciples.

Vous commencez par critiquer certaines « formules conventionnelles de l’église » telles que « Demande simplement à Jésus d’entrer dans ton cœur » et « Invite Jésus dans ta vie ». Qu’est ce qui ne va pas avec ces phrases ?

Je pense que si nous ne prenons pas garde, nous adoptons ces formules et domestiquons les paroles exigeantes de Christ dans les Écritures. Suivre Jésus ne se résume pas simplement à faire une prière, à dire certaines paroles ou même à adhérer à certaines vérités. En nous appelant à le suivre, Jésus nous appelle à perdre notre vie. Jésus est bien plus qu’un Sauveur qui nous supplie de le laisser entrer dans notre cœur. Il est le Roi à qui revient toute l’adoration et qui mérite que nous lui abandonnions notre vie. 
La Bible utilise les termes suivants pour définir le processus par lequel on devient un disciple de Jésus: repens-toi, crois, détourne-toi du péché, détourne-toi de toi-même, crois que Jésus est ton Sauveur et ton Seigneur. Il s’agit d’un changement de vie à 180°. Si nous ne prenons pas garde, nous affirmons certaines vérités et énonçons certaines phrases sans même mentionner le changement qui doit avoir lieu dans le cœur.

Pensez-vous que l’on retrouve fréquemment ce type d’attitude en dehors du Sud des Etats-Unis qui est de « culture chrétienne » ? 

Oui. Je ne peux pas généraliser et parler pour toutes les cultures et tous les contextes, mais même en me rendant dans d’autres pays du monde, qu’il s’agisse de l’Inde ou de certains pays d’Asie, j’ai assisté à des rassemblements où suivre Jésus se résumait à: « incline la tête, prononce les mots suivants, lève les mains, et ça y est, tu es un disciple de Jésus ». S’agit-il d’une pratique habituelle dans le Sud des USA ? Tout à fait. Mais je ne pense pas que minimiser l’impact de suivre Jésus soit une attitude propre au Sud uniquement.  
Le christianisme culturel va se manifester de différentes manières selon les pays. La Jamaïque est l’un des exemples cités dans Suis-moi. Je prie pour la Jamaïque en ce moment, à travers le livre de prière Operation World (Opération monde). D’après les données du livre, c’est un pays où la population est presque exclusivement chrétienne et on y trouve davantage d’églises par km2 que presque partout ailleurs dans le monde. La population est chrétienne à 90% environ. Mais la plupart des habitants de ce pays ne vivent pas conformément aux enseignements de Jésus ou ne sont pas membres d’églises locales. Il y a clairement un décalage. La plupart des gens sont chrétiens, mais ne suivent pas les enseignements de Jésus – ça ne colle pas.
Je ne vise pas particulièrement la Jamaïque, pas plus que je ne tente de critiquer gratuitement le Sud. Je pense que nous sommes ici face à un problème de supercherie spirituelle. C’est ce que Jésus met en lumière en Matthieu 7 : « Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé par ton nom? n’avons-nous pas chassé des démons par ton nom ? et n’avons-nous pas fait beaucoup de miracles par ton nom ? Alors je leur dirai ouvertement : je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité. » En tant que pasteur, je considère que ces paroles de Jésus figurent parmi les plus terrifiantes. Bien des personnes, et pas uniquement des habitants du Sud des Etats-Unis, seront abasourdies d’entendre Jésus leur dire: « Je ne vous ai jamais connus. »

Interview réalisée par Christianity Today. Traduit en français avec leur aimable autorisation. Un grand merci à Corinne Banziger et Laurent Huguet pour la traduction. Merci à notreeglise.com sur lequel vous pouvez retrouver cette interview.

[1] NdT: revue protestante américaine qui publie de nombreuses ressources à destination de l’Église évangélique.