Faire des disciples c’est vivre avec eux - Thierry Geay

18 Dec 2014

Trop souvent, nous pensons que faire des disciples équivaut à donner aux chrétiens un bon enseignement. Cette composante est évidemment essentielle, mais ce n’est pas la seule. Aussi bon et nécessaire qu’est un professeur de maths pour ses élèves, il ne peut espérer en faire des Einstein, s’il ne leur communique pas plus que ses cours.

C’est une passion, un coeur, une vie qui doivent se transmettre, en plus de l’enseignement, pour que des apprenants se transforment en apprentis. Un disciple est celui qui s’imprègne de la pensée de son maître, de son style de vie, de ses valeurs. On parle d’un élève d’une école de peinture, mais on dit «un disciple de Léonard de Vinci». Ainsi a fait Jésus, prenant avec lui 12 gars, pour leur faire partager son quotidien pendant 3 ans.

Car c’est au contact direct du maître, non seulement quand il enseigne, mais également dans tous les autres aspects de sa vie, que le disciple va observer la mise en pratique des leçons. Il va voir concrètement comment le maître les vit au jour le jour et donc pouvoir s’appliquer à lui-même les principes, au début par imitation, puis progressivement par intégration. Car un disciple est comme l’enfant qui apprend la vie en reproduisant les gestes de son parent.

C’est parce qu’ils le suivaient partout que les disciples ont pu assister à la scène où le jeune homme riche est venu voir Jésus. C’est parce qu’ils avaient appris à connaître Jésus, à repérer ses émotions, qu’ils ont pu saisir ce moment où l’amour l’a animé et a motivé sa réponse (Marc 10:21).
Les disciples ont pu voir quand Jésus priait et voir aussi ses résultats ! C’est ce qui les a motivé à lui demander un enseignement sur la prière (Luc 11). Vie et enseignement sont les deux mains du «discipoleur».

Inversement, c’est aussi en vivant avec ses disciples qu’un maître apprend à les connaître, à voir ce qu’il faut encourager en eux, ou au contraire ce qu’il faut redresser, corriger. C’est parce qu’ils étaient avec lui que Jésus a pu voir leur étonnement quand il a parlé au jeune homme riche (Marc 10:24) et ainsi saisir l’occasion pour leur donner un enseignement approprié, illustré par ce qu’ils venaient de voir. La leçon n’en a été que mieux comprise et intégrée. L’Evangile est truffé de ces enseignements-leçons de vie, à commencer par Cana.

En pratique, pour nous, qu’est-ce que cela veut dire ? Difficile de vivre ensemble aujourd’hui ! Nous pouvons cependant tendre vers ce modèle, en choisissant délibérément d’adopter un style de vie qui va permettre le maximum de vécu commun.

Je me souviens par exemple d’une étudiante au groupe Agapé Campus de Lyon, qui ne savait pas bien gérer son argent. Ayant vécu dans un contexte très pauvre et restrictif, elle avait notamment du mal à se contrôler d’acheter tout ce qu’elle voyait. Après qu’elle ait assisté à l’enseignement sur la gestion de l’argent, donné en petit groupe, nous sommes passés à la phase pratique, en individuel. Nous sommes donc allés avec elle, l’accompagner faire ses courses, pendant quelques mois. Et au bout d’un moment, les principes appris sont devenus ses propres valeurs, qu’elle pouvait vivre sans nous.

Un jour, pour l’anniversaire d’un étudiant en IUT génie civil, je l’ai amené voir un pont en construction (les filles, ne cherchez pas à comprendre). On a passé un super moment entre mecs, à parler de plein de choses. Vivre avec les disciples, c’est aussi par exemple vivre un dimanche ensemble, avec le culte, le repas et une après-midi détente, entre célibataires ou en famille. C’est passer une soirée ensemble à aller voir un film, puis à en discuter autour d’une pizza. C’est partir en rando quelques jours, ou mieux encore : en voyage «missionnaire» pour faire un camp d’évangélisation.

Vous voyez : ce ne sont pas des choses extraordinaires. Ce sont des choses à notre portée. C’est seulement dans notre tête et dans notre coeur que doivent se mettre en place l’attitude et les choix de vie. Il faut se rendre disponible et considérer nos disciples comme nos propres enfants, parce qu’encore une fois, c’est ce que font naturellement les parents envers leurs enfants («Mes enfants», disait Jésus -Marc 10:24 ; «mes enfants» disait aussi Paul aux Galates - ch.4:19).

Thierry Geay, permanent d'Agapé France