Comment développer une culture d’évangélisation dans son église locale

29 Jun 2016

De Philippe Monnery, originalement posté sur le Blog d'Evangile21 le 22/05/2016.

___

Si nous affirmons facilement que la responsabilité de l’évangélisation est du ressort de chaque chrétien, l’observation de nos Églises montre souvent une réalité bien différente. L’évangélisation est vue comme une activité parmi d’autres, réservée aux motivés. Est-ce possible de ramener l’évangélisation au cœur de nos Églises pour voir des communautés missionnaires se développer ?

Qu’entendons-nous par évangélisation ? 

La déclaration de Lausanne définit l’évangélisation ainsi :

« Évangéliser, c’est répandre la Bonne Nouvelle que Jésus-Christ est mort pour nos péchés, qu’il est ressuscité des morts selon les Écritures, qu’il règne en Seigneur et qu’il offre maintenant, à tous ceux qui se repentent et qui croient, le pardon des péchés et le don du Saint-Esprit pour nous rendre libres. Notre présence chrétienne dans le monde est indispensable à l’évangélisation, de même qu’un dialogue ouvert dans l’amour afin de mieux comprendre le prochain. Mais l’évangélisation elle-même est la proclamation du Christ : persuader les hommes de venir personnellement à lui pour être réconciliés avec Dieu. Lorsque nous transmettons l’invitation de l’Évangile, nous n’avons pas le droit de cacher ce qu’il en coûte d’être un disciple du Christ. Jésus continue d’appeler ceux qui veulent le suivre à renoncer à eux-mêmes, à se charger de leur croix et à s’identifier avec la communauté de ceux qui lui appartiennent. L’obéissance au Christ, l’intégration à son Église et un service responsable dans le monde sont les conséquences de l’évangélisation. »

Comme le souligne cette définition, si l’évangélisation est la proclamation du Christ, elle est indissociable et incluse dans le mandat missionnaire qui consiste à aller faire de toutes les nations des disciples en les baptisant et leur enseignant à obéir à ce que Jésus a prescrit (Matthieu 28.18-20). 

L’ordre missionnaire consiste en un double mouvement : un premier mouvement de l’Église vers le monde pour répandre l’Évangile et un second mouvement du monde vers l’Église où ceux qui répondent sont intégrés à l’Église et formés à obéir au Seigneur.

Ces deux mouvements s’entretiennent mutuellement, de telle sorte qu’en évangélisant nous préparons la formation de disciples et en formant des disciples nous leur enseignons à poursuivre la mission. Mettre en place une culture d’évangélisation et mettre en place une culture de discipulat, sont les deux faces de la même pièce car les deux se nourrissent mutuellement. 

Qu’est-ce qu’une culture d’évangélisation et/ou de discipulat ? 

Nous pourrions dire qu’il s’agit d’une culture dans laquelle la mission est vue comme la vocation présente de l’Église. Par elle, l’Église s’aligne sur le dessein de Dieu de se former un peuple d’adorateurs de toutes nations. Dans une telle culture la mission est une préoccupation majeure de l’Église et de ses leaders. Chaque chrétien est invité à y contribuer et les activités de l’Église sont dirigées dans ce sens. L’évangélisation et la formation de disciples ne sont pas les soucis de quelques motivés mais plutôt la préoccupation de tous les chrétiens que les leaders équipent dans ce sens. Cette culture entraine une multiplication de disciples plutôt qu’une addition. Elle aboutit à la multiplication de leaders et d’Églises. 

 

Comment mettre en place une telle culture ? 

1-Travailler sur la conviction

Un des pièges de la formation à l’évangélisation est de se concentrer sur des techniques. Nous montrons aux chrétiens comment ils doivent le faire, alors qu’ils ne sont pas encore convaincus qu’ils doivent le faire. Avant d’être pratique, le problème est d’abord théologique. La formation aux techniques est superflue tant que les questions suivantes ne sont pas traitées : Quel est le rôle de l’Église ? Tout chrétien est-il appelé à témoigner ? Suis-je vraiment un disciple si je ne fais pas d’autres disciples ? 

Inutile de former quelqu’un à témoigner s’il n’est pas convaincu que cela fait partie du projet de Dieu pour lui. Par la prière, l’enseignement et l’exemple, nous devons d’abord convaincre que la mission est au cœur de la vie du chrétien. Si nous sommes convaincus de notre vocation missionnaire, alors nul doute que nous la vivrons quelle que soit notre maîtrise des techniques. 

2- Développer un écosystème de discipulat 

Une erreur est de penser le discipulat uniquement en terme d’accompagnement spirituel en un à un, au risque de le réduire à une activité et de l’individualiser à outrance. La réalité est plus complexe, même si chaque disciple est appelé à faire d’autres disciples, cette multiplication se fait avant tout en communauté et au contact de diverses composantes. L’accompagnement spirituel a son rôle, mais d’autres composantes sont en jeu : le culte, les groupes de communion fraternelle, les structures de redevabilité. Tous ces éléments forment un écosystème dans lequel le disciple est immergé. Il acquiert des connaissances mais surtout apprend à obéir. Il est formé en tant que disciple tout en apprenant à son tour à obéir à l’ordre missionnaire. L’évangélisation devient alors l’œuvre de tous et la culture se développe. 

3 – Former tous les chrétiens avec des outils « reproductibles »

Une fois l’écosystème pensé, on cherchera à l’alimenter avec des outils « reproductibles ». Le but est que chaque chrétien qui a bénéficié d’un outil pour communiquer sa foi ou débuter dans la vie chrétienne puisse apprendre à son tour à utiliser cet outil et à le retransmettre. Ainsi, chaque chrétien est équipé pour le témoignage afin de favoriser la multiplication et on construit un ADN commun qui renforce la culture. Même s’ils ne remplacent pas l’expertise de ministères plus spécialisés, ces outils permettent à tout chrétien de s’investir dans la mission sous la conduite de ces ministères. 

4 – Redécouvrir l’articulation évangélistes/témoins

Les mouvements de multiplication de disciples sont souvent accusés de vouloir faire de tous les disciples des évangélistes. Il nous semble au contraire nécessaire de redécouvrir une saine articulation entres les évangélistes et les témoins. L’évangéliste a un don particulier pour l’évangélisation et un appel à proclamer Christ là où il n’est pas encore annoncé. D’autre part, chaque chrétien est appelé à témoigner de façon incarnée là où Dieu l’a placé. Un piège pour les évangélistes est de projeter leur propre appel sur les autres chrétiens. Ainsi, beaucoup sont encouragés à s’investir dans des activités d’évangélisation dans lesquelles ils ne se sentent pas à l’aise. Au lieu de les mettre en mouvement cela conduit à du découragement. Pire, cela les détourne de leur vraie vocation de témoin. Si nous comprenons que l’Église est un peuple missionnaire, alors la mission ne se fait pas premièrement dans les activités de l’Église, mais de façon incarnée lorsque les chrétiens sont dispersés. Il faut renverser la dynamique. L’Église a besoin d’évangélistes qui, tout en développant leur ministère de proclamation, enseignent aux autres à témoigner dans leur environnement plutôt que de chercher à les recruter pour leurs projets. 

5 - Libérer des leaders formateurs

Pour que la culture fonctionne, il faut qu’elle soit entretenue par des leaders qu’ils aient un don de type plutôt pastoral ou évangéliste. Tout en montrant l’exemple, ils forment les saints à exercer le ministère (Ep 4.11-12). Lorsqu’on crée une culture de discipulat, on voit assez vite des leaders émerger. En leur laissant la liberté d’entrer dans leur appel, on multiplie les personnes capables d’entraîner l’Église dans la mission. La structure peut paraître plus floue, mais à terme, c’est le peuple de Dieu dans son ensemble qui trouve sa vocation missionnaire.