Accompagner pour devenir disciples : joies et difficultés – Daniel Corones (Partie 2/2)

19 Feb 2015

C'est un défi permanent pour moi d'être un représentant concret du Royaume auquel j'appartiens. Il ne s'agit pas pour moi de prêcher des vérités théologiques, mais de les vivre. Je ne peux pas obliger ceux qui m'entourent à devenir eux-mêmes les citoyens du Royaume de Dieu et d'en adopter ses valeurs. Toutefois, si en "vivant avec" et en "accompagnant" ceux qui m'entourent, mon amour est authentique, si j'use de patience et de compassion en ne condamnant pas le(s) style(s) de vie que ceux que j'aime ont choisi, si je m'efforce de rester moi-même sans "me la jouer" super spirituel ou gourou. Si je m'efforce de rester authentique, sans porter de masque... Officieusement, je leur propose une autre alternative de vie : Une vie avec Jésus ! Réaliser la présence du Saint-Esprit dans mon propre cheminement et celui des autres est indispensable. Pour moi, faire des disciples est une école de vie.

Une chose est sûre, c'est que je peux encourager à vivre une vie de disciple, mais je ne peux pas la vivre pour les autres. Le Seigneur me rappelle souvent que j'ai mis plusieurs années avant de tomber totalement amoureux de Lui (et je ne le suis certainement pas encore assez), au point de me régaler à lire sa Parole, de me sentir bien avec des chrétiens, de prendre un véritable plaisir à mettre en pratique ses valeurs. J'avais pourtant compris l'Évangile, j'avais fais ma confession de foi et j'étais baptisé. Néanmoins, Jésus a travaillé en moi durant plusieurs années pour que ma vie s'oriente vers une vie de disciple. Il me convainc, m'incite et me persuade au milieu des circonstances qui sont les miennes, dans mes réussites aussi bien que dans mes échecs. Moi-même, je suis encore loin de la vie du disciple que je voudrais mener, mais j'ai compris une chose, c'est que sans l'amour de mon prochain, mon amour pour Dieu n'a aucune valeur. L'un est indissociable de l'autre. Accompagner signifie avant tout pour moi, remettre toutes les situations et les individus entre les mains de Dieu.

Déjà il y a 30 ans R. Shallis parlait de « fausse couche spirituelle » à propos de personne qu’on considère trop vite comme « née des nouveau ». Qu’en pensez-vous ?

C'est très difficile de répondre à cette question aussi rapidement. J'aurais besoin de tout un article. Toutefois, je pense qu'il est possible de se tromper sur la réelle conversion d'une personne, quand bien même nous aurions observé des changements d'attitudes et beaucoup d'enthousiasme concernant "les choses" de Dieu. C'est bien pour cette raison que lorsqu'on baptise quelqu'un, on le fait sur sa propre confession de foi. (Romains 8:16) "L’Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu." Même si Dieu donne du discernement à celui qui accompagne, c'est avant tout à la personne accompagnée que l'Ésprit témoigne.
(Galates 4:6) "Et parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé dans nos coeurs l’Esprit de son Fils, lequel crie: Abba! Père!" Là encore, on voit que chacun crie pour lui-même "Abba ! Père !

Pensez-vous qu’il soit possible pour un évangéliste de tirer trop vite le filet ?

Effectivement ! C'est là toute l'histoire des terrains et de l'agriculteur. Avant d'arriver à la moisson, il faut au préalable avoir travailler la terre, enlever les mauvaises herbes et les cailloux, avoir semé à la bonne saison et arroser en fonction de la semence qui a été semée. Pour la pêche, c'est exactement pareil ! Il existe des saisons pour pêcher tel ou tel poisson. Le pêcheur doit pouvoir aussi discerner si la météo est propice pour une sortie en mer.

Selon votre expérience : qui est le plus en danger d’aller trop vite : l’Église ou l’évangéliste ?

Les deux lorsque l'un ou l'autre finit par définir l'évangélisation comme une activité.

A quel élément du message devez-vous être particulièrement attentif afin qu’il ne soit pas négligé ?

La résurrection ! Jésus est vivant ! C'est pour cette raison que l'Évangile a toute sa valeur et sa pertinence. Sans cela, nous sommes en train de perdre notre temps...

Qu’est-ce qui vous semble propre à provoquer de vrais disciples ?

L'intervention de Dieu. Nous ne sommes que des poteaux indicateurs. À nous d'être les poteaux que Dieu attend que nous soyons, chacun dans le domaine qui lui a été confié et les compétences qui lui ont été données.

Daniel CORONES – Permanent à France Evangélisation